Le réseau marocain est une jeune pousse : les initiatives ont été nombreuses l’année passée et 2019 va voir fleurir de nombreux autres projets.

Le premier Slow Fish Tigri du pays a été l’un des évènements phares de cette année 2018. Organisée par le village de Sidi Bou Bounouar, dans la province de Tiznit, cette manifestation de décembre s’est surtout intéressée à l’une des principales ressources alimentaires des habitants de la région, la pêche traditionnelle des mollusques, dont elle a pris le nom : en amazighe (berbère), le mot tigri se réfère autant aux fruits de mer qu’à la période du mois lunaire à laquelle on les pêche.

Pour Abdellah Aarab, organisateur de l’évènement : « Le festival est important chez nous, car nous aimons notre terre, notre mer, notre village et bien entendu nos produits locaux. L’objectif est de valoriser nos produits de la mer pour favoriser l’avenir de la population ! »

 

Initialement simple fête du village créée en 2013, le festival a progressivement gagné en envergure, et organise aujourd’hui des activités ludiques et culturelles et des dégustations de plats locaux traditionnels. En 2018, l’évènement a été organisé par l’Association Amoud pour le développement et la coopération, en collaboration avec Slow Food et le soutien du Conseil départemental de Tiznit, de la commune d’Aglou, de l’IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazighe) et de la Fondation Joud. Toutes les familles de la zone s’y sont impliquées. Les femmes ont notamment commencé à travailler bien à l’avance pour garantir la disponibilité des moules. En cette période de crise des océans et des ressources, liée aux changements climatiques, à la surpêche et à la croissance démographique, l’association AMOUD et le réseau local Slow Food ont mené un travail titanesque de sensibilisation des pêcheurs et consommateurs, particulièrement en cherchant à promouvoir le travail des pêcheuses de fruits de mer également sur le plan économique.

Les femmes ont joué un rôle de premier plan : une trentaine de cuisinières ont participé au concours du meilleur plat à base de fruits de mer, jugé selon des critères de tradition, d’innovation et de valorisation des ressources locales, et à la rencontre (Plaidoyer des pêcheuses de moules et des pêcheurs artisans pour la promotion sociale et la durabilité des ressources halieutiques) visant à définir une pêche « juste », en particulier pour les moules d’Aglou. Deux pêcheuses, Fatima et Latifa, ont expliqué les difficultés liées à leur activité, à la base de l’économie locale, mais peu reconnue et mal payée. Ce sont les femmes qui pêchent, nettoient, conservent et cuisinent les moules. Elles effectuent un travail fastidieux et dangereux en pêchant sur les rochers au bord de l’océan, où peuvent parfois les emporter les vagues, en faisant de nombreux aller-retour à pied avec un sac lourd rempli de moules, qu’elles sont souvent contraintes à vendre à un prix très bas, le long de la route.

Slow Fish Tigri n’a toutefois pas été la seule rencontre phare de l’année. Peu de jours avant et à quelques kilomètres s’est tenue, à Agadir, une rencontre avec les représentants des coopératives Tighanimine, Ajddigue, Taimatine et Noumskroud impliquées dans la Sentinelle de l’Huile d’argane pour redéfinir ensemble l’application du « bon, propre et juste » à toute la filière. Les organisateurs en ont également profité pour poser les bases de l’organisation de Slow Argan, en 2019, un rendez-vous destiné à faire connaître cette huile, ses caractéristiques, les fragilités de son écosystème et relancer la nouvelle Sentinelle, qui comprendra l’huile d’argane 100% artisanale. Jusqu’à ce jour, les noix d’argan brisées à la main par les femmes de la coopérative étaient grillées et pressées à la machine. La Sentinelle reconnaît aujourd’hui l’importance du savoir-faire artisanal lié au grillage et au pressage, que peu de femmes savent encore réaliser dans les règles de l’art. L’huile artisanale de qualité développe un arôme de noisette particulièrement apprécié, mais le procédé d’extraction à la pierre impliquant l’ajout d’eau tiède rend sa conservation plus délicate.

Taliouine a quant à elle accueilli le travail des représentants des coopératives Atlas Assaghir, Taliouine, Imgoun, avec la “Maison du Safran” (Dar Azafraan) et le Convivium Slow Food local. L’objectif de cette cession était de redéfinir le cahier des charges de la Sentinelle du Safran de Taliouine et Tazenakth et rédiger ensemble l’étiquette narrative qui mettra en avant les terrasses montagneuses où ces productions sont réalisées en association à d’autres cultures.

L’agroécologie est un des thèmes chers au réseau marocain. Grâce à elle, le réseau cultive dans les zones les plus arides du Sud, dans des espaces appelés targua (qui en langue amazighe signifie ferme) tout ce qui fait l’équilibre des oasis et de ses habitants : céréales, huile, légumineuses, légumes et fourrage pour les animaux. Ce n’est pas chose facile : avec l’intensification de l’agriculture industrielle dans la plaine du Souss et la crise de l’agriculture familiale qui en découle, de nombreux exploitants ont dû partir pour la ville ou l’étranger, à la recherche d’opportunités de travail. De nombreuses fermes ont ainsi été abandonnées et les savoirs traditionnels liés à leur gestion ont disparu. Le réseau cherche toutefois à réhabiliter les terres et les savoirs, pour sauver la biodiversité locale de cet écosystème unique.

Dans la targua de Tiznit, la jeune association locale Al Ibrinaz s’occupe de la gestion de l’irrigation et cherche à redonner vie aux terres abandonnées, en accompagnant les jeunes agriculteurs. Dans la targua d’Irhrem, le Convivium local de Slow Food et la coopérative Al Amal ont monté un projet de réhabilitation des potagers impliquant surtout les femmes du village. Cet endroit a toutes les qualités pour rejoindre le projet des Jardins Slow Food en Afrique.

L’année 2019 a commencé sous la houlette d’un réseau actif et enthousiaste qui a programmé de nombreuses initiatives. L’année a commencé par les Festivités du Nouvel An berbère 2969 de la communauté Slow Food Tafraout et de l’association Aideco, dans le village d’Imintizeght construit sur le flanc des montagnes de Tafraout. Pour fêter cette nouvelle année appelée Idd Yennayer, les membres de la communauté ont cuisiné des plats traditionnels comme l’Ourkimen, une spécialité locale à base d’orge, haricots secs, maïs et pois chiches, ou encore le Tagola, un plat de grains de maïs cuits, servi avec du beurre ou l’amlou, la pâte à tartiner locale à base d’huile d’argan, d’amandes grillées et de miel.

Alors bonne année au Maroc !

Pin It on Pinterest

Share This