Une bonne décision du Parlement européen

Depuis le 27 novembre, les médias, Slow Food et différentes organisations de la société civile s’insurgent à juste titre de la nouvelle autorisation de 5 ans du glyphosate par les Etats membres de l’UE.

Quelques jours plus tôt, le 22 novembre, une autre nouvelle venait de l’Europe, cette fois-ci extrêmement positive. Le Parlement européen a adopté le nouveau règlement européen sur l’agriculture biologique qui, parmi d’autres changements discutables, autorise les variétés paysannes, appelées dans le règlement « matériel hétérogène biologique ».

Ce règlement entrera en application le 1er Janvier 2021. Cette nouvelle est une vraie révolution pour le monde agricole et représente un signal fort pour la préservation de notre biodiversité alimentaire.

Qu’est-ce que cela change au juste ?

Semences paysannes et variétés hybrides

Jusqu’à présent, les seules variétés de semences autorisées étaient celles inscrites dans un catalogue officiel, français ou européen.

Ces catalogues comportent des critères très restrictifs, non adaptés aux variétés paysannes. Ces critères sont appelés « DHS » pour distinction, homogénéité, stabilité. Trois critères qu’il est très difficile de remplir pour des variétés paysannes au vu de leur hétérogénéité et de l’évolution constante de leurs  caractéristiques.

Au contraire, les variétés hybrides F1, très stables et homogènes, représentent la grande majorité de ces variétés. Cela se voit ainsi à travers l’offre de fruits et de légumes en France, de Besançon à Pau, les mêmes variétés se retrouvent sur les étals de nos épiceries, marchés et supermarchés.

Ces variétés sont une entrave au goût, à la nutrition mais aussi à l’autonomie paysanne. Car, en pratique, la plupart de ces variétés sont produites par des grands groupes comme Limagrain ou Monsanto. Ainsi avec l’ancien règlement, les paysans bio n’avaient pas le droit de se libérer d’une réelle dépendance vis-à-vis de ces entreprises et étaient contraints d’acheter leurs semences. En cas de désobéissance, c’était alors de longues poursuites judiciaires comme le montre l’exemple célèbre de Kokopelli.

Une indépendance retrouvée dans le choix des semences

Avec ce nouveau règlement qui autorise ces variétés de semences paysannes, c’est donc le domination de l’industrie semencière qui est remis en cause.

Les paysans bio vont pouvoir ainsi récupérer leur indépendance dans le choix de leurs semences, retrouver ce droit qu’il leur avait été volé au profit des multinationales de l’industrie semencière.

Ce droit fondamental d’échanger leurs semences, de les sélectionner, de les reproduire et de faire évoluer nos variétés.

Pour cela, la procédure sera très simple.

Comme l’explique Blanche Magarinos-Rey, avocate spécialisée en droit de l’environnement et grande protagoniste de ce changement, dans une interview pour le site internet Bioaddict, « Ce matériel hétérogène biologique sera librement commercialisable après simple déclaration préalable auprès de l’administration compétente ».

Au delà de l’agriculture biologique,
retrouver le vrai goût des produits

Quelle sont les perspectives ouvertes par cette nouvelle réglementation européenne ?

Bien sûr ce règlement ne s’applique uniquement qu’à l’agriculture biologique. L’utilisation, l’échange, la commercialisation des variétés paysanne est donc limité à ce mode de production.

Néanmoins, comme le dit Blanche Magarinos-Rey dans la même interview, « C’est un galop d’essai. L’agriculture biologique va jouer comme d’habitude un rôle pionnier. Le nouveau règlement va stimuler la culture de variétés oubliées ainsi que l’activité de sélection variétale. Il va créer un appel d’air. Il bouscule la législation sur le commerce des semences et il va faire bouger les lignes. ».

On peut donc s’attendre d’ici quelques années, à partir de cette réglementation, à voir les semences être « libérées » pour tous les types d’agricultures.

En résumé, cette nouvelle loi va permettre :

  • au consommateur de retrouver le vrai goût des produits et des aliments de meilleure qualité nutritive,
  • et au paysan de retrouver son droit fondamental sur les semences.

On peut même parier que cette nouvelle donne pourrait aussi être créatrice d’emploi et relancer des activités d’artisans semenciers sur les territoires, depuis longtemps presque disparues…

Vincent Lagré
Conseiller International Slow Food pour la France

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