En vue de la prochaine réforme de la Politique agricole commune (PAC), la Commission européenne a ouvert le 2 février dernier une consultation publique pour la modernisation et la simplification de la PAC, destinée à tous les citoyens et organisations intéressés.

Slow Food et plus de 150 organisations de la société civile avaient déjà exprimé en mars derniers leurs idées sur l’avenir de la PAC, dans une déclaration commune Good Food, Good Farming – Now.

Afin de poursuivre ce processus participatif avec les institutions européennes, Slow Food a répondu à la consultation lancée par la Commission, en insistant sur les points clés de la future réforme de la PAC, prévue pour 2020.

La Commission a structuré la consultation en formulant des questions fermées, dont les réponses préétablies sont dans certains cas ambiguës et peu claires. La Commission a toutefois permis d’ajouter aux réponses de la consultation un rapide document de position. Slow Food a décidé de se concentrer sur ce document afin d’appuyer la nécessité de passer d’une politique agricole commune à une politique alimentaire européenne, en proposant des mesures concrètes.

Slow Food demande, dans son document de position :

  • Le passage d’une Politique agricole commune à une Politique alimentaire commune, de manière à ce que le système alimentaire soit pris en compte dans sa totalité, en incluant par conséquent certaines problématiques inévitables, comme les systèmes de distribution et le gaspillage alimentaire. L’objectif est d’atteindre un système alimentaire réellement durable en abandonnant la production alimentaire sous forme industrielle. Le changement est déjà en marche, comme le prouve le développement de formes de marchés différentes du modèle industriel, basées sur la collaboration des différents acteurs sociaux. Il est important de souligner que la nourriture n’est pas un bien comme les autres, car elle a pour caractéristique fondamentale d’être à la base de notre subsistance. Par conséquent, elle ne peut et ne doit pas être traitée comme une marchandise, comme c’est le cas aujourd’hui. Il est évident que la logique purement industrielle appliquée au système agricole démontre chaque jour son inefficacité : au sein de l’Union européenne, 88 millions de tonnes d’aliments sont jetées chaque année (soit 20% de la production alimentaire totale), tandis qu’une ferme sur 4 a fermé ses portes entre 2003 et 2013. D’un point de vue environnemental, la situation ne s’améliore pas : 10% des émissions de gaz à effet de serre au sein de l’UE sont dues au secteur agricole. Ces chiffres reviennent en boucle depuis trop longtemps.
  • La reconnaissance de la souveraineté alimentaire, entendue comme « droit des peuples à des aliments nutritifs et culturellement adaptés, accessibles, produits de manière écologique et durable, mais aussi le droit de pouvoir décider de son propre système alimentaire et de production[1]». La souveraineté alimentaire constitue certainement un instrument efficace pour permettre aux citoyens de se réapproprier les ressources et les moyens nécessaires pour combattre les vrais défis que le système alimentaire actuel doit affronter : du changement climatique aux crises du marché alimentaire, de la perte de biodiversité à la garantie d’un revenu juste pour les agriculteurs, de l’accès aux ressources naturelles au respect des droits des travailleurs agricoles.
  • Le soutien concret aux petits producteurs de l’agroécologie et aux productions locales, en qualité d’éléments fondamentaux pour un système alimentaire durable. Les petits producteurs de l’agroécologie fournissent toute une série de services environnementaux et sociaux aux communautés, incluant de toute évidence la production d’aliments de qualité, tout en permettant aussi le maintien du sol et des ressources naturelles, grâce à l’usage minimal d’intrants chimiques, à la culture de variétés locales et à la protection de la biodiversité. De plus, les petites fermes agricoles emploient davantage de main-d’œuvre et soutiennent ainsi l’économie locale et contribuent par conséquent au maintien des communautés rurales.
  • La promotion des pratiques agroécologiques, qui s’appuient sur un usage efficace des ressources, avec une utilisation minimale si ce n’est nulle, des produits chimiques et sur la synergie existante entre les différentes espèces. Par conséquent, ce modèle agricole promeut de multiples bénéfices au niveau environnemental, en garantissant le maintien de la biodiversité, la fertilité du sol et un meilleur rendement des récoltes. Les systèmes agroécologiques diversifiés garantissent en outre un retour économique sûr et adéquat aux agriculteurs, qui ne sont plus tributaires de la réussite d’une seule culture (entrainant un revenu très dépendant des fluctuations du marché ou d’événements naturels imprévisibles).
  • L’aide concrète des catégories désavantagées, notamment les habitants des zones reculées (surtout en montagne) et les jeunes. L’abandon des zones reculées par manque d’infrastructures ou de possibilités d’emploi est un problème assez important dans toute l’Europe, alors que c’est justement dans ces zones que la biodiversité est encore la plus présente. Les jeunes européens rencontrent également aujourd’hui une extrême difficulté à intégrer le secteur agricole, d’une partie découragés par le revenu faible de ces activités et, de l’autre, par la difficulté d’accéder aux ressources nécessaires, pas seulement le crédit, mais aussi en termes de ressources naturelles, comme la terre.
  • Favoriser les processus participatifs, de manière à garantir des parcours démocratiques dans les décisions des politiques concernant l’alimentation. Producteurs, consommateurs, organisations de la société civile et chercheurs doivent pouvoir trouver un espace politique au sein duquel établir les priorités du secteur et exposer aux institutions une stratégie commune. De tels espaces pourraient d’ailleurs favoriser le partage de connaissances diverses entre opérateurs du secteur alimentaire, en garantissant une cohésion des différents groupes sociaux et en évitant la concentration des pouvoirs entre les mains des grandes multinationales.Slow Food est convaincu du potentiel d’une politique alimentaire commune, mais l’axe des priorités doit être réaligné sur les exigences concrètes de la population rurale, qui réclame une reconnaissance et un soutien justes de leur rôle, et de la population urbaine, qui demande une alimentation de qualité à un prix honnête.[1] Déclaration de Nyéléni sur la Souveraineté alimentaire, Mali, 2007.

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