L’agriculture fait partie des activités les plus anciennes de notre histoire et a, depuis des millénaires, révélé au monde toutes sortes de génies humains.

 

Le système d’irrigation gana par exemple, découvert pour la première fois en Iran il y a 2500 ans a littéralement « fait fleurir le désert ». Ce système ingénieux fait de tunnels souterrains et aquifères, de dispositifs informels de gouvernance d’eau et de systèmes naturels de filtration a permis à de nombreuses cultures telles que la grenade ou encore la pistache de fleurir et de prospérer jusqu’ à encore aujourd’hui dans une région sèche où le processus d’évaporation réduit quasiment à néant les effets positifs que pourraient apporter les précipitations, bien que faibles. Cette manière d’utiliser la terre, qui se base sur la sagesse ancestrale afin de relever les défis de notre temps, est l’essence même des systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial dont le système ganat, mis en place autour de la ville iranienne de Kashan, fait partie.

Depuis 2002, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a œuvré à reconnaitre la précieuse valeur de tels sites. Le programme fait maintenant partie des préoccupations premières de l’Organisation dont le but est de promouvoir des systèmes alimentaires durables à travers le monde. L’objectif est d’aider la communauté internationale à adopter des pratiques de production alimentaire qui favorisent une utilisation durable des ressources naturelles et de protéger la santé des sols et la biodiversité. Parallèlement, il est également essentiel de répondre aux besoins sociaux, économiques et environnementaux de l’humanité en renforçant la résilience des systèmes alimentaires agricoles et en relevant les défis posés par le changement climatique.

Nous avons beaucoup à apprendre de nos ancêtres, en particulier des communautés qui, pendant des siècles, ont trouvé des moyens de façonner des systèmes alimentaires durables dans des environnements souvent hostiles.

Des millions de petits agriculteurs, de pêcheurs, d’éleveurs et de communautés autochtones ont réussi à développer des connaissances et des techniques précieuses, spécialement conçues pour utiliser les ressources naturelles de manière plus efficace. Aujourd’hui, ces connaissances donnent un aperçu de ce qui pourrait être fait pour s’adapter au changement climatique et des techniques capables de contribuer à la diversité nutritionnelle et biologique.

Pendant plusieurs siècles, les habitants de la région volcanique d’Aso, au Japon, une région plutôt hostile aux activités agricoles et sujette à une rapide déforestation, ont eu recours à un système de propriété communautaire pour créer et maintenir un écosystème de prairies qui a finalement contribué à la diversité des plantes et des animaux et a permis d’absorber presque tout le carbone produit par ses habitants.

En Chine, le fleuve jaune de Xiajing est connu pour être particulièrement prône aux ensablements et aux inondations. Les habitants de la région ont pris l’habitude de planter des mûriers relativement résistants aux côtés d’autres fruits et arbres, ce qui a permis de ralentir le processus éolien, de stabiliser le niveau du sable, de conserver l’eau et d’améliorer les conditions du sol. En d’autres termes, toutes ces actions ont permis d’améliorer le microclimat et les conditions du site, rendant ainsi possible la culture d’autres espèces entre les arbres. Par ailleurs, ce système a également contribué à la survie humaine et aux efforts en faveur de la lutte contre la désertification.

Le soutien des institutions pour de tels sites peut s’avérer très utile pour l’élaboration des politiques publiques au niveau local destinées à renforcer la résilience des communautés rurales, (surtout face au changement climatique), à protéger les ressources naturelles et à promouvoir la sécurité alimentaire ainsi qu’une nutrition saine.

Il existe près de 50 sites à travers une vingtaine de pays. Tous sont reconnus en tant que système ingénieux du patrimoine agricole mondial et d’autres sont actuellement à l’étude. La FAO travaille à améliorer son système de surveillance et avec l’aide des universités et du gouvernement italien, forme 100 étudiants issus de partout à travers le monde à identifier et à surveiller les sites de patrimoine agricole.

Néanmoins, davantage doit être fait afin de permettre à ces systèmes traditionnels d’être reconnus, protégés et en même temps, habilités à évoluer.

Le 19 avril 2018, la FAO organisera un forum international à Rome dont le principal objectif sera de reconnaitre ces nouveaux sites et de partager les expériences de chaque pays. Il s’agira également d’explorer d’autres approches liées à l’agroécologie et qui contribueront à la durabilité des systèmes alimentaires.

Il est temps de tirer profit des avantages que peuvent apporter les systèmes ingénieux du patrimoine agricole afin de parvenir à un certain développement durable à travers le monde.

José Graziano da Silva
Directeur-général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

 

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