L’indignation finit parfois par payer.

 

Le mois dernier, nous évoquions la menace d’une nouvelle loi « Bio-Safety Law » pesant sur l’avenir de l’alimentation en Ouganda. Cette tentative à peine voilée de légaliser les cultures OGM aurait fait de l’Ouganda le second pays du continent, après l’Afrique du Sud, à autoriser cette production.

Comme nous l’avions indiqué, le projet de loi a été approuvé par le parlement ougandais en octobre 2017, puis soumis à l’approbation du président Yoweri Museveni. Il semblerait, par un incroyable retournement de situation, que l’appel de Slow Food en faveur d’un réexamen du projet de loi ait été entendu. C’est bien ce que souligne la lettre du Président adressée à la présidente du parlement ougandais, un message très critique à l’égard de cette loi. Cette lettre évoque l’importance « des cultures et de l’élevage ancestraux du pays, et le caractère unique de leur configuration génétique », sans oublier « ceux qui préservent, développent et multiplient » cette biodiversité, les petits exploitants agricoles du pays. C’est à bon escient que le président remet en question la proposition de semer des graines génétiquement modifiées et résistantes à la sécheresse dans des zones irriguées. Il insiste sur la nécessité de voir la loi garantir que les OGM ne contaminent pas les cultures sans OGM, et que les produits OGM contiennent un étiquetage clair. Même si elle s’abstient de rejeter catégoriquement ce projet de loi, la lettre du président invite le parlement à examiner plusieurs clauses et modifier le titre du projet de loi pour qu’il fasse explicitement référence à la production d’organismes génétiquement modifiés et non à la notion vague et dénuée de sens de « Bio-Safety » (« sécurité-bio ») initialement proposée.

Plus intéressant encore, le président Museveni invite le ministre de l’Agriculture à créer « une arche de Noé pour sauvegarder toutes nos semences locales, les préserver de la contamination des OGM, être en mesure de les utiliser en cas de crise lors de notre effort de modernisation. » Cette demande s’inspire-t-elle de l’Arche du Goût de Slow Food, qui répertorie les aliments en danger à travers le monde, parmi lesquels 35 produits ougandais ?

Slow Food salue l’initiative justifiée du président d’exprimer ses doutes et ses inquiétudes concernant ce projet de loi. Nous exhortons toutefois l’ensemble des acteurs concernés en Ouganda à faire un pas de plus en avant pour éviter les risques majeurs liés à l’autorisation des OGM dans un pays à la biodiversité riche, unique et irremplaçable. En abolissant simplement cette nouvelle loi, il ne sera plus nécessaire d’élaborer de nouvelles mesures pour garantir la sécurité alimentaire du pays à l’avenir (puisqu’elle est implicitement mise en péril). Slow Food Ouganda et Slow Food International sollicitent la tenue d’une nouvelle consultation publique sur le projet de loi, auprès de la société civile ougandaise et de l’ensemble des parties prenantes. Nous souhaitons que le texte de loi révisé soumis au président soit rendu public, en vue d’un débat et d’une consultation. L’avenir de l’alimentation nous concerne tous, du président jusqu’aux petits agriculteurs. Sur des questions aussi essentielles, il est impératif que la voix de la démocratie soit plus forte que les intérêts commerciaux.

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