Depuis plusieurs années, les journées du 20 au 30 mars sont dédiées à la Semaine pour les alternatives aux pesticides. Sur cette courte période au début du printemps, l’organisation française « Générations Futures » appelle les citoyens, les organisations et les acteurs institutionnels à se rassembler autour de la thématique des pesticides chimiques, afin de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers de leur utilisation pour la santé et l’environnement. Cette année, la mobilisation vise à mettre en lumière les solutions alternatives qui permettent d’éviter l’utilisation de ces pesticides chimiques. Évènements et campagnes d’informations mettent donc ce thème à l’honneur en rassemblant de nombreuses organisations, grandes et petites, dont Slow Food.

Ce problème que nous évoquons prend des proportions énormes et implique, à l’échelle mondiale, tous les citoyens que nous sommes en tant que personnes qui respirent, qui bougent, qui se nourrissent… qui vivent, en somme. Finalement, ce n’est pas le problème des agriculteurs ou du personnel ouvrier, mais bien celui de tous les êtres vivants. À titre d’exemple, un nombre incalculable d’aliments transformés contiennent des traces de glyphosate, c’est-à-dire l’ingrédient principal du désherbant Roundup. C’est ce que confirme récemment l’une des nombreuses recherches sur le sujet, celle du CALPIRG Education Fund, qui parvient aux mêmes résultats : pratiquement tout ce que nous mangeons ou ce que nous buvons contient des traces de cette substance chimique. Mais en plus, le glyphosate contamine également notre organisme, comme le dénonce le groupe portugais GM-Free Coalition, qui a cherché à déceler la présence de glyphosate sur un groupe de volontaires portugais en 2018. Les analyses soulignaient une exposition récurrente à l’herbicide et indiquaient une contamination générale au glyphosate.

L’un des arguments de Monsanto et d’autres producteurs de pesticides reste qu’il n’existe aucune alternative à l’utilisation de ces substances permettant de garantir la sécurité alimentaire, c’est-à-dire de maintenir une production alimentaire suffisante pour nourrir les habitants de la planète. Mais nous savons pertinemment que la faim et la malnutrition ne sont pas un problème de quantité de production (celle-ci étant finalement largement supérieure au nécessaire). Elles sont plutôt liées à de graves dysfonctionnements dans le système de distribution du pouvoir d’achat et dans celui de la distribution alimentaire, organisée au profit des grandes entreprises et non dans l’optique de satisfaire les besoins de tous.

En matière de systèmes de production, l’agriculture biologique fait évidemment figure de méthode fondée, si besoin, sur l’usage de substances chimiques naturellement présentes dans la nature. Mais il existe aussi l’agroécologie, considérée depuis longtemps par Slow Food comme un modèle valide d’agriculture dans son ensemble. Pour Slow Food, elle est fondée sur l’idée de mettre en pratique une série de grands principes communs à tous les systèmes agricoles, en les créant et en les adaptant selon le contexte de référence. Un modèle qui permet non seulement de définir des objectifs de production, mais tient également compte de la justice sociale et de la viabilité environnementale du système. Toujours sur le thème de la productivité, L’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) a publié la recherche « Ten Years for Agroecology » qui souligne l’aspect réaliste d’une potentielle transition vers une agriculture sans chimie de synthèse. Le modèle TYFA (Ten Years for Agroecology) porte sur les pays européens et est fondé sur l’élimination progressive des pesticides et des engrais de synthèse, la réhabilitation des pâturages naturels et le développement des infrastructures agroécologiques (bocages, arbres, étangs, paysages rocheux, habitats naturels). Il préconise aussi la généralisation de régimes alimentaires plus sains, contenant moins de produits d’origine animale et plus de légumes. En se fondant sur les chiffres de 2010 et en prévoyant une chute de production de 35 % (en kcal), ce modèle satisfait les exigences du secteur alimentaire de l’ensemble des pays européens tout en maintenant la capacité d’exportation de céréales, de produits laitiers et de vin. Il permet également de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, de relancer la biodiversité et de protéger les ressources naturelles (vie du sol, qualité de l’eau, réseaux trophiques plus complexes).

Une autre étude prend en compte certains pays plus pauvres et notamment les 286 projets d’agroécologie réalisés dans 57 pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, sur une surface totale de 37 millions d’hectares. Les résultats obtenus ne peuvent être ignorés : productions multipliées par deux, réduction de l’impact sur l’environnement, développement de l’emploi et amélioration de la qualité de vie (de Shutter, 2010).

On comprend bien les rouages mis en place par les multinationales de l’agrochimie, Monsanto en tête, pour empêcher la transition vers un système agricole sans pesticides qui leur causerait une perte économique énorme. Elles vont aussi à l’encontre de la liberté d’information à ce propos. C’est pour cela que la Cour de justice européenne a dû intervenir pour exhorter l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments) à rendre publiques toutes les recherches sur les risques de cancer liés au glyphosate, suite à la saisie du tribunal par 4 eurodéputés verts. L’EFSA avait en effet déclaré avoir classifié le glyphosate comme non cancérigène (à l’inverse du Centre international de recherche sur le cancer qui le classifie comme « probablement cancérigène pour l’homme »). Cette décision était fondée sur des études non publiées et sur un rapport qui copiait mot pour mot les analyses d’une étude de Monsanto, présentant plusieurs passages identiques au texte de Monsanto pour le compte de la Glyphosate Task Force (GTF), un organisme industriel dirigé par l’entreprise.

La décision de la Cour de justice est évidemment une bonne nouvelle, mais cette affaire met en lumière la pression énorme qui existe au plus haut niveau des institutions et des organismes publics censés veiller sur notre santé. C’est pour cela que nous devons rester vigilants et mobilisés pour la Semaine pour les alternatives aux pesticides dans la mesure du possible.

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