À Berlin, au pied de la porte de Brandebourg, militants et citoyens de tout âge se sont rassemblés pour envoyer un message fort et clair aux décideurs politiques. Wir Haben es Satt ! « On en a assez ! » Pour sa neuvième édition et neuvième année, cette manifestation s’est à nouveau déroulée dans les rues de Berlin le 19 janvier, rassemblant des manifestants du pays entier et de l’étranger, réunis pour exprimer leur colère face au système agricole industriel actuel.

Le thème choisi cette année, Essen ist Politisch (« Manger, c’est politique »), a une résonance particulière, à quelques mois des élections européennes qui devront définir la composition du prochain Parlement européen. La Politique agricole commune (PAC) est une question majeure pour Slow Food en Europe et a été largement reprise par les manifestants de Berlin. La PAC alloue des financements et des capitaux aux exploitations et aux entités agricoles en fonction de leur taille, sans prendre en compte les méthodes utilisées. Sur un terrain déjà inégal, la situation devient pratiquement insoutenable pour les petits producteurs qui pratiquent une agriculture biologique plus coûteuse et moins rentable. Leur capacité à concurrencer les exploitations industrielles est sérieusement mise à mal. L’un des objectifs premiers de Slow Food en Europe reste la mise en place de réformes de la PAC permettant de reconnaître et de soutenir correctement le travail des petits producteurs, mais aussi d’encourager les autres à adopter des méthodes plus propres et meilleures. La foule rassemblée devant la scène au pied de la porte a acclamé l’arrivée d’Ursula Hudson, présidente de Slow Food Allemagne. Slow Food Allemagne est l’un des partenaires majeurs de l’organisation de la manifestation. Mme Hudson a rappelé le thème de l’événement, le lien étroit qui unit politique et alimentation. « Pour protéger notre alimentation et celle de la génération suivante, nous devons préserver la biodiversité culturelle et soutenir les petits agriculteurs, la pêche et la production alimentaire artisanales. Ceux qui fournissent des services sociaux et écologiques sont les seuls qui doivent être soutenus. Pour cela, un virage politique fort est inévitable. » L’intervention de Mme Hudson a été suivie de celle de Marie Pugatschow, membre du conseil d’administration de SFYN Allemagne. Elle a souligné le rôle du SFYN dans le rassemblement des jeunes militants et au-delà. Plus tard, alors que la manifestation battait son plein, la marche était menée par le Bloc Jeunesse, un groupe de jeunes agriculteurs, de militants, de consommateurs, y compris des membres du Réseau local de la jeunesse Slow Food. À la fin de la cérémonie d’ouverture, la foule de 35 000 militants s’est fendue en deux pour laisser un passage libre aux principaux protagonistes de l’événement : les agriculteurs. Plus de 100 tracteurs conduits par des petits agriculteurs et des artisans, victimes d’une PAC injuste, et porte-étendards d’un avenir plus propre et plus durable. Jeunes, vieux, débutants, expérimentés… les conducteurs des tracteurs représentaient chacun un pan différent des communautés rurales qui œuvrent pour un meilleur modèle agricole et un meilleur système alimentaire. De vieux couples qui ont vu passer les saisons et les politiques pendant des décennies, de jeunes familles nouvelles garantes des traditions et des savoirs à travers les générations…Klaxons et sirènes ont retenti, alors que le public à leurs pieds faisait résonner chaudrons et casseroles, applaudissait et les acclamait, en hommage à ces héros de la petite production agricole.

Wir Haben es Satt n’est pas seulement un cri de colère. C’est aussi un message positif à entendre : il existe des méthodes alternatives réelles et viables, qui doivent être encouragées.

Lors de la boucle finale des manifestants à la porte de Brandebourg, la place était emplie de l’odeur de soupe chaude, préparée la veille par Schnippeldisko, avec des légumes récupérés. Initiatrice des disco soupes aujourd’hui présentes partout dans le monde, Schnippeldisko a célébré sa 8ème édition en récupérant 2,5 tonnes de légumes (oui, 2500 kg !) qui auraient été jetés. Pendant ce temps, une soupe réchauffée a été transportée à 10 minutes de là, à la Fondation Heinrich Böll, pour l’événement Soup n’ Talk. Une aubaine pour ceux qui avaient bravé le froid pour manifester, un point de départ pour ceux venus découvrir Wir Haben es Satt et ses valeurs. Des ateliers et des présentations ont abordé les grandes problématiques du monde agricole actuel, aussi bien sur le plan pratique que politique. Les discussions se sont déroulées et les graines de la résistance contre un système injuste et non durable ont été plantées. À un moment aussi crucial que l’arrivée d’élections importantes en Europe, les voix et les droits des petits producteurs doivent être entendus par les politiciens et les citoyens.

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