Les peuples autochtones et leur travail au cœur des débats sur le changement

4/10/2020 | Slow Food International | 0 commentaires

Click here to view original web page at www.slowfood.com

« C’est un grand honneur de voir notre travail et notre réseau reconnus par Food Tank, et ce grâce aux producteurs, chefs, militants et chercheurs ainsi qu’à tous les membres de ce réseau dans le monde entier. Nous continuerons à protéger la culture alimentaire et la biodiversité des peuples autochtones et à promouvoir une nourriture bonne, propre et juste pour tous, » a déclaré Dai Kitabayashi, membre du conseil consultatif du réseau Indigenous Terra Madre (ITM) pour la région Asie du Sud-est.

Slow Food International soutient cette vision et souhaite faire honneur à l’incroyable travail réalisé par le réseau ITM au cours des dernières années pour protéger les traditions des peuples autochtones, ainsi que leur droit d’accès à la terre, l’eau et aux semences et leur souveraineté alimentaire.

« Cette reconnaissance est le fruit d’un travail commun entre les membres du conseil consultatif de l’ITM, le siège de Slow Food International et, bien sûr, toutes les communautés autochtones de notre réseau. Nous souhaitons mettre à l’honneur tous les peuples autochtones qui luttent sur le terrain pour défendre leurs terres, leurs semences et leur droit à une alimentation bonne, propre et juste. » a expliqué Dalí Nolasco Cruz, membre du conseil consultatif de Indigenous Terra Madre (ITM) pour la région Amérique latine et Caraïbes.

Depuis sa création, le réseau ITM s’emploie à mettre la voix des peuples autochtones au premier plan du débat sur l’alimentation et la culture, pour institutionnaliser la participation des peuples autochtones au mouvement Slow Food et à ses projets, et pour développer des réseaux régionaux et mondiaux. Aux quatre coins du monde, les membres œuvrent pour sensibiliser aux enjeux auxquels font face les communautés autochtones en construisant un réseau solide de lutte contre les injustices et discriminations dont ces communautés sont victimes depuis toujours, mais également pour rencontrer, échanger des connaissances et célébrer le caractère unique de ces cultures en transmettant joie et fierté aux plus jeunes.

« Il est important de promouvoir et protéger le caractère sacré de notre population et notre patrimoine alimentaire et de mettre en avant le rôle fondamental de l’alimentation pour notre santé, surtout aujourd’hui. » Nous avons créé un partenariat avec Food Tank et sommes intervenus lors de différents évènements, tels que le Food Tank Summit et le sommet The Wisdom of Indigenous Foodways, ainsi que sur la Souveraineté des semences indigènes, entre autres » a expliqué Denisa Livingston (Turtle Island – États-Unis), conseillère de Slow Food International pour le Réseau autochtone de l’hémisphère Nord.

_.jpg">_.jpg" srcset="https://n4v5s9s7.stackpathcdn.com/wp-content/uploads/2020/08/Kenya-@rootsofafrika.co_.jpg 1000w, https://n4v5s9s7.stackpathcdn.com/wp-content/uploads/2020/08/Kenya-@rootsofafrika.co_-300x200.jpg 300w, https://n4v5s9s7.stackpathcdn.com/wp-content/uploads/2020/08/Kenya-@rootsofafrika.co_-768x512.jpg 768w, https://n4v5s9s7.stackpathcdn.com/wp-content/uploads/2020/08/Kenya-@rootsofafrika.co_-577x385.jpg 577w, https://n4v5s9s7.stackpathcdn.com/wp-content/uploads/2020/08/Kenya-@rootsofafrika.co_-166x110.jpg 166w">
Kenya – Image credit @rootsofafrika.co

Plusieurs partenaires, tels que le FIDA et le Christensen Fund, soutiennent la croissance et le développement du réseau depuis sa naissance. Aujourd’hui, cette reconnaissance met en lumière l’importance de ce travail et l’avenir des peuples autochtones. Nous avons interrogé les membres du Conseil consultatif de l’ITM sur les perspectives de leur réseau, de leurs projets et de leurs actions. Voici ce qu’ils nous ont répondu :

Quel est l’avenir du réseau ? À quoi travaillez-vous aujourd’hui ?

Dalí : Nous avons un plan d’action avec des objectifs clairs, à l’échelle mondiale et locale, impliquant la participation active de jeunes leaders qui incarnent la relève générationnelle et la continuité de notre vision du monde et de nos connaissances. Nous continuons à former des membres et à créer de nouvelles alliances avec des organisations nationales et internationales pour soutenir les actions locales entreprises par chaque communauté et créer de nouvelles communautés qui viennent enrichir notre réseau et notre mouvement.

Melissa : Nous cherchons à revitaliser nos circuits de commerce traditionnel pour favoriser l’échange des aliments indigènes à travers les terres, les mers et les régions. Redynamiser nos économies durables en favorisant la réciprocité des transactions commerciales et le soutien mutuel. Réutiliser des méthodes traditionnelles de conservation de la nourriture pour la stocker et la partager au fil du temps. Mais également, offrir un cadre de protection juridique plus solide à nos aliments sacrés qui sont menacés par le génie génétique et d’autres facteurs négatifs. Melissa K. Nelson, membre du conseil consultatif de Indigenous Terra Madre (Turtle Island)

Dai : Dans cette situation de pandémie, l’autosuffisance alimentaire est un des sujets de préoccupation majeurs. Les jeunes générations se sont éloignées de la terre et ne savent plus comment faire pousser les aliments ni comment les cuisiner en suivant des recettes traditionnelles. Notre priorité actuelle est donc l’éducation alimentaire des jeunes. Il est fondamental de réussir à transmettre notre savoir et nos connaissances.

Image credit Paula Thomas

Quels sont les enjeux auxquels font face les peuples autochtones aujourd’hui ?

Joel : Les lois imposées par les gouvernements. Certaines lois viennent à l’encontre de leurs relations avec la terre et les ressources naturelles. Ces communautés sont parfois déplacées au nom du développement et du progrès. Joel Symo, membre du conseil consultatif de Indigenous Terra Madre (Mélanésie)

Melissa : Je suis d’accord avec Joel, et j’ajouterais également d’autres enjeux majeurs pour les peuples natifs d’Amérique du Nord : 1) l’accès à des aliments traditionnels conservés au sein d’exploitations privées ou de zones et parcs protégés et donc inaccessibles aux rassemblements traditionnels ; 2) l’utilisation du génie génétique dans l’alimentation ; 3) la marchandisation et la commercialisation de certains aliments indigènes sans le consentement préalable, libre et éclairé des peuples indigènes qui en sont les gardiens ; 4) l’accès aux détenteurs du savoir traditionnel qui préservent et peuvent partager leurs connaissances en matière de cueillette, culture, transformation et fêtes traditionnelles liées à certains plats indigènes.

Denisa : Les peuples autochtones sont souvent des populations vulnérables, des tribus à haut risque, avec des problèmes de santé préexistants, tels que maladies cardiaques et diabète. Il existe un besoin pressant de lutter contre l’insécurité alimentaire, de promouvoir l’accès à une nourriture saine et une eau potable propre, et une forte nécessité de faire renaître les pratiques ancestrales liées aux traditions culinaires, notamment face à la pandémie actuelle de COVID-19. Si ces sujets ne deviennent pas notre priorité absolue, les conséquences pourraient être dévastatrices.

Taiwan -Image credit Zhan Boren

Pourquoi est-il aujourd’hui important de collaborer avec les peuples autochtones ?

Melissa : Pour participer à l’effort de justice historique et œuvrer pour la réconciliation des peuples autochtones et des peuples colonisateurs. Les peuples autochtones souffrent de nombreux traumatismes et conséquences brutales du colonialisme. Il est temps de mettre fin à cet héritage de violence et de le remplacer par des relations plus équilibrées et plus respectueuses, permettant aux peuples autochtones d’exercer leur souveraineté de façon concrète et à plusieurs niveaux. Par ailleurs, les peuples autochtones sont les seuls ayant réussi à faire perdurer un mode de vie durable sur plusieurs millénaires. Les peuples colonisateurs peuvent apprendre et participer à la transmission des connaissances écologiques traditionnelles des peuples autochtones afin de créer un avenir plus juste et plus durable.

Anneli : Le changement climatique impose de nouvelles exigences pour mettre en place un plan d’action futur et un dialogue sur les opportunités d’adaptation. Les différents peuples autochtones du monde ne sont pas responsables du changement climatique, et en sont pourtant les premières victimes. Chez nous [le peuple Sami], le changement climatique affecte les éleveurs de rennes et met en péril leurs méthodes d’élevage et la culture du peuple Sami. Il est urgent d’agir dès maintenant. Anneli Jonsson, membre du conseil consultatif de Indigenous Terra Madre (Europe)

Sami peoples – Slow Food Archives

Comment pourrions-nous commencer à créer un système alimentaire plus juste et plus inclusif pour tous ?

Dai : Le monde entier doit prendre conscience du fait que les peuples indigènes sont sacrifiés au profit de la production et de la consommation de masse, pas uniquement dans la société moderne, mais aussi dans l’histoire.

Denisa : Il est nécessaire de continuer à soutenir les actions de sensibilisation à l’importance de la souveraineté alimentaire indigène, des commerces alimentaires et restaurants indigènes. Il faut également mettre en avant les jeunes leaders autochtones, ainsi que les anciens, qui jouent tous un rôle dans nos capacités de survie, de résilience et d’adaptation. Nous ne pouvons pas nous limiter à tenter de survivre à la COVID-19, nous devons en sortir plus forts.

Merci aux membres du conseil consultatif de l’ITM pour leur intervention et pour leur travail continu au sein de ce réseau.

Vous êtes membre d’un convivium ou simplement sympathisant Slow Food ? Vous avez une actualité que vous souhaitez faire partager. N’hésitez-pas à nous en soumettre les éléments au moyen du formulaire accessible ci-dessous. Nous nous ferons un plaisir de publier votre information si celle-ci correspond aux objectifs et aux valeurs du mouvement Slow Food.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest

Share This