D’après les données de la FAO, 75% des cultures mondiales dépendent totalement ou en partie de la pollinisation. Et dans les 50 dernières années, les cultures dépendantes du travail des précieux insectes pollinisateurs ont augmenté de 300%. Des chercheurs de l’Université de Harvard ont également mis en évidence, par un article publié dans la prestigieuse revue The Lancet que, sans abeilles, la production alimentaire des pays en développement pourrait diminuer d’un tiers et avoir un impact fort sur la santé des personnes sous forme de carences en vitamine A, fer et acide folique. En substance, sans l’activité indispensable des pollinisateurs, environ 71 millions de personnes pourraient souffrir de malnutrition due au manque de vitamine A, accompagnée d’une augmentation probable des maladies infectieuses et de la mortalité, en particulier chez les femmes et les enfants.

La mort des abeilles n’est pas le fait d’un seul facteur déterminant, car ses causes changent suivant les régions et la période, comme nous l’a expliqué l’entomologiste Claudio Porrini de l’Université de Bologne et comme nous l’a confirmé Agnès Rotrait, experte en entomologie à l’AESA. On parle ainsi de facteurs synergiques : changements climatiques, monocultures, pratiques apicoles inappropriées, maladies et pesticides. Les mêmes que les apiculteurs italiens ont rencontrés du nord au sud du pays.

« Pour parvenir à sauver les abeilles et de ce fait, à nous sauver nous, il est fondamental de changer radicalement de modèle d’agriculture, » explique Serena Milano, responsable de la Fondation Slow Food pour la Biodiversité, que nous avons rencontrée à Bra. « Il faut abandonner les monocultures, différencier les cultures, laisser aussi de l’espace pour la jachère, ne pas utiliser de pesticides et d’engrais chimiques de synthèse. Il est possible de produire suffisamment avec des techniques agricoles préservant la fertilité du sol. Pour Slow Food, le chemin à parcourir reste difficile, car il signifie produire plus de choses en quantités moindres, mais suffisantes pour nourrir l’humanité sans mettre la planète en danger. »

#Hunger4Bees, le déclin des abeilles influence notre alimentation !

Des villes et des pays entiers ont déjà pris la route de l’agriculture durable. Comme Malles, dans le Haut Val Venosta, la première commune au monde à avoir voté, par le biais d’un référendum populaire, pour l’interdiction locale des pesticides en agriculture. À Malles, nous avons rencontré un autre de nos personnages : Johannes Fragner, le pharmacien local, partisan du référendum et promoteur d’une agriculture plus attentive à la sécurité alimentaire. À quelques kilomètres de Malles, la Suisse organisera en 2018 un référendum pour abolir les pesticides synthétiques. Dans le cadre de la loi sur la biodiversité, la France a approuvé un amendement interdisant la famille des néonicotinoïdes, qui entrera en vigueur l’an prochain.

En Inde, les abeilles améliorent la santé des personnes

Le voyage de Hunger For Bees est aussi passé par l’Inde, pays qui perdrait un tiers de sa production de fruits et légumes sans l’aide des pollinisateurs. Le panier alimentaire moyen subirait également des conséquences graves, avec une perte annuelle estimée à 726 milliards de dollars. « Il ne s’agit pas que d’une question d’argent. Nous parlons ici de disparition de la nourriture, ou pour faire court, de faim », nous explique Parthib Basu, directeur du Centre des pollinisateurs de l’université de Calcutta, qui a approfondi ces études. Les histoires des agriculteurs que nous avons rencontrés dans ce pays démontrent la forte dépendance entre apiculture et agriculture. Comme celle de Neema Ramesh Bilkule, agricultrice d’un petit village reculé au cœur de l’Inde, situé à six heures de Bombay. Grâce aux abeilles, elle est parvenue à améliorer les conditions de vie et le bien-être de sa famille : sa production d’aubergines, de mangues et de piments a augmenté de 30 à 60%, diminuant ainsi la survenue de fièvres et de maladies pendant la mousson et garantissant une récolte suffisante pour vendre le surplus sur les marchés locaux. Les abeilles offrent ainsi une aide concrète aux familles indiennes qui vivent dans des zones comme celles-ci, fortement touchées par le changement climatique et la sécheresse.

Dans le Tamil Nadu, à l’extrême sud de l’Inde, les abeilles sont là aussi des alliées de l’agriculture. Ce lien est au cœur des recherches d’Ammasan Parthiban, chauffeur de bus et passionné d’apiculture qui, après avoir vérifié que sa production de tamarin avait bondi de 400% en un an grâce aux ruches, a décidé de partager cette découverte avec tous les habitants de son village, pour augmenter les récoltes et le bien-être de l’écosystème.

#Hunger4Bees, le déclin des abeilles influence notre alimentation !

L’attention et la protection de la biodiversité sont le fil rouge de notre reportage, jusqu’à notre dernière étape au Sikkim, le premier état indien à s’être proclamé biologique. Une utopie verte entre Tibet, Népal et Bhoutan, réunissant sur 7000 km2 à peine plus de 500 000 habitants vivant dans le respect d’un environnement montagneux qui abrite le troisième plus haut sommet du monde : le Kanchenjunga. Depuis plus de dix ans, ils ont interdit l’usage de pesticides et constaté l’augmentation de la productivité des cultures et le retour des abeilles sauvages, indicateurs fondamentaux d’une biodiversité florissante.

Monica Pelliccia TW @monicapelliccia – Adelina Zarlenga TW @adelinaZarlenga

Consultez l’article original… www.slowfood.com

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