COP24 – Slow Food : Nous voulons des lois claires et contraignantes pour tous les pays, et des conséquences pour ceux qui se retirent ou ne respectent pas l’accord.

La Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24) s’est ouverte à Katowice, en Pologne. Durant les douze jours de la conférence, les participants sont appelés à créer un « règlement », à savoir un système de lois communes visant à mettre en œuvre les engagements de Paris, pris en 2015.

« Il est temps que la COP reconnaisse les responsabilités de l’industrie agroalimentaire dans la création d’émissions de gaz à effet de serre, » explique Ursula Hudson, présidente de Slow Food Allemagne et membre du Comité exécutif de Slow Food International. « Nous savons que l’agriculture, et l’exploitation des terres en général, cause un quart du total des émissions planétaires de gaz à effet de serre (GIEC). En Europe, si l’on intègre au calcul les énergies consommées pour la culture et la production alimentaire, le transport, la réfrigération et la préparation, ce chiffre avoisine les 40%. Les trois plus grands producteurs de viande au monde génèrent plus d’émissions que la France, et presque autant que certaines grandes compagnies pétrolières. Si ces industriels étaient un pays, ils seraient le septième plus grand producteur mondial de gaz à effet de serre. La consommation de viande doit être réduite de manière drastique (deux tiers des émissions agricoles sont dus à l’élevage) et les écosystèmes marins, capables de séquestrer de grandes quantités de CO2, doivent être protégés. Il est temps que la communauté internationale prenne en compte ces données. Nous avons besoin de politiciens courageux, qui ne craignent pas de sanctionner les industriels ne respectant pas les objectifs climatiques. »

Il s’agit d’une tâche à mener à l’échelle mondiale et la COP24 en est l’occasion rêvée. Les pays qui ne respectent pas l’accord, ou s’en retirent, doivent aussi être sanctionnés par la communauté internationale. La crise climatique est un problème mondial et l’avenir de l’humanité ne peut être mis en péril par l’égoïsme et l’appât du gain de figures politiques uniquement attirées par le consensus et le pouvoir.

Le cas de la forêt amazonienne au Brésil est emblématique : ce gigantesque poumon vert joue un rôle crucial dans la régulation du climat et la préservation de la biodiversité. La déforestation tropicale et la dégradation des forêts suite à l’expansion agricole, la conversion en prairies, l’abattage, les feux de forêts et d’autres causes comptent pour 11% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (FAO). Au Brésil, 6624 kilomètres carrés de forêt amazonienne ont disparu en une seule année entre août 2016 et juillet 2017 (GIEC).

« Le futur pourrait s’avérer encore pire, nous explique Georges Schnyder, président de Slow Food Brésil et membre du Comité exécutif de Slow Food International, si le nouveau président Jair Bolsonaro mettait en pratique les promesses faites durant sa campagne électorale (réduction des mesures de protection de l’environnement, fin des aires protégées et des terres réservées aux peuples autochtones, réduction des sanctions liées aux crimes contre l’environnement). Les conséquences seraient catastrophiques pour le climat à l’échelle mondiale. Nous serions face à un désastre d’envergure planétaire. C’est pourquoi nous demandons à la COP24 de ne pas permettre la mise en pratique de politiques aussi dévastatrices. »

La Pologne, organisatrice de la COP24, accueille la plus grande centrale à charbon au monde. Le président polonais Andrzej Duda a souligné lors de son discours d’ouverture de la conférence à Katowice, la volonté de son pays d’engranger une transition énergétique, déclarant que « La Pologne est prête à contribuer à la sécurité de la planète. » Anna Ruminska de Slow Food Dolny Slask espère quant à elle que « ici aussi, comme dans toute l’Europe, des engagements concrets et contraignants seront bientôt adoptés pour réduire les émissions de CO2 et créer un système d’encouragement aux pratiques agroécologiques, à l’élevage extensif, à la limitation de l’importation d’espèces et de semences pour soutenir la protection des ressources et producteurs locaux et à la production selon des méthodes artisanales, préservant la biodiversité et les sols. »

Slow Food a lancé la campagne #FoodForChange pour rappeler à tout un chacun que nos choix alimentaires peuvent faire la différence. Les projets menés par Slow Food dans plus de 160 pays montrent bien qu’un modèle alternatif de production est possible.

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