Leidy Casimiro Rodriguez, experte en agroécologie, dispose de connaissances théoriques approfondies et d’une longue expérience en recherches sur les pratiques quotidiennes de nombreux agriculteurs cubains.

Leydi et ses parents sont revenus sur les terres de leur ferme familiale pendant la « période spéciale », cette décennie de crise économique qui a durement frappé le pays. En 23 ans, la famille a fait de cette ferme la première exploitation agricole durable de Cuba, grâce à des techniques agroécologiques permettant d’atténuer les changements climatiques et de garantir la sécurité alimentaire.

En parallèle à son doctorat, Leidy a inventé une formule mathématique pour mesurer l’indice de résilience socioécologique des exploitations familiales, un indicateur précisant comment les paysans peuvent faire face à des facteurs externes souvent négatifs :

« La période spéciale est perçue comme une phase positive par les troisième et quatrième générations de la famille. Elles y voyaient un défi à relever : retourner dans les fermes familiales presque laissées à l’abandon par les première et deuxième générations en raison de la détérioration avancée des sols et des infrastructures.

L’agroécologie n’était pas encore totalement établie lors de la période spéciale. Au début, nous avons commis des erreurs de débutants classiques, en essayant de fabriquer des produits agrochimiques sans substances chimiques, sans budget, avec beaucoup d’enthousiasme mais peu d’expérience. L’idée de transformer notre ferme trouve ses racines dans le mouvement cubain d’agroécologie et de permaculture, combiné avec plusieurs années d’amères expériences agrochimiques.

Le monde a besoin de ces exemples. Pour de nombreuses raisons, Cuba est peut-être le meilleur modèle. Nous proposons de lancer un projet national pour l’exploitation des terres inoccupées sur près d’un million d’hectares. Ces terres appartiennent à une centaine de milliers de familles.

Pour faire face au changement climatique, il faudrait réellement pouvoir se tourner vers un mode de vie rural, et prendre toute une série de mesures. Cela nous aiderait à réparer les dommages causés sur les sols et l’écosystème en général.

Nous sommes convaincus que les petits agriculteurs sont ceux qui peuvent mettre en œuvre l’utilisation optimale des sources d’énergie durables. Ils connaissent le microclimat, la biodiversité et les pratiques locales de chaque ferme. Nous n’avons eu aucun mal à comprendre cela, puisque nous pouvions nous y comparer.

Nous sommes devenus plus forts que ce que nous aurions pu imaginer, en voyant les possibilités inestimables que pouvait offrir cette petite exploitation familiale. Nous étions capables d’interpréter les lois de la nature au quotidien, de mettre nos connaissances à l’épreuve le jour et la nuit, année après année, et au fil des générations, de nous approprier chacun de ces endroits.

Nous avons compris que les petits agriculteurs font mieux que les industriels de l’agrochimie. Nos décisions reposaient sur la connaissance et l’expérience familiale.

L’indice de résilience socioécologique que j’ai créé permet d’évaluer la capacité d’une exploitation familiale ou d’un territoire rural à durer dans le temps, de manière souhaitable pour la famille et pour la société, tout en œuvrant pour le bon traitement et la conservation du sol, des ressources naturelles, de la diversité sociale et écologique. Cette capacité de résilience devrait permettre aux familles rurales et aux exploitations de subsister, d’enrichir leur culture de l’espace et de l’environnement communautaire, de réduire leur vulnérabilité face à des éléments externes négatifs comme le changement climatique, la perte de marchés, les évolutions politiques, etc.

La Méthodologie pour l’évaluation de la résilience socioécologique mise au point grâce au travail de notre famille depuis 23 ans nous permet d’analyser, dans le temps, les progrès et les dynamiques des fermes familiales en fonction de leur résilience. Elle nous aide aussi à soutenir le processus d’évolution en fonction de l’expérience tirée des projets précédents ou à venir.

Elle contribue à rendre les processus de décision efficaces, à la fois pour les agriculteurs qui peuvent prendre des mesures pour améliorer leur résilience, et pour les politiciens qui ont quant à eux la possibilité de développer des politiques agraires.

Nous avons rejoint le mouvement Slow Food, pour combiner notre philosophie de vie avec de nouveaux concepts appliqués pour une alimentation saine et variée, élargir notre cycle de production alimentaire avec de nouvelles offres, apporter une valeur ajoutée et nous conférer une nouvelle capacité, une nouvelle créativité dans la production d’aliments bons, propres et justes. Slow Food propose une vision intégrée et durable depuis la production jusqu’à la consommation, deux sujets souvent traités séparément alors qu’ils sont en fait étroitement liés.

Soutenir la campagne de Slow Food, c’est verser des dons pour consolider un vaste mouvement pour le bien commun, c’est aussi sauvegarder des traditions et garantir la diversité pour une société durable et prospère. »

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